AGILBEE · REGARD SUR LA PÉDAGOGIE

Vous allez être évalué pour obtenir votre certification. Mais votre formateur a-t-il été évalué sur sa capacité à vous former ?

Vous allez être évalué pour obtenir votre certification. Mais votre formateur a-t-il été évalué sur sa capacité à vous former ?

Lorsque vous choisissez une formation Scrum Master, vous regardez probablement le prix, le programme, les dates et la certification obtenue.

Mais savez-vous réellement qui va vous former ?

La question mérite d’être posée. Car derrière une formation de deux jours peuvent se cacher des expériences radicalement différentes : une présentation commentée du Scrum Guide, une préparation à un examen, ou deux journées d’ateliers où l’on expérimente, confronte ses idées, pratique et apprend avec les autres.

Et pourtant, ces formations peuvent toutes afficher la même promesse : devenir Scrum Master certifié.

Le problème n’est pas nécessairement la certification. C’est ce qu’elle peut laisser supposer sur la formation suivie et sur les qualifications de celui qui l’anime.

Être certifié Scrum Master ne signifie pas être qualifié pour former des Scrum Masters.

Formateur certifié : mais certifié à quoi ?

Un professionnel peut avoir obtenu sa certification PSM I ou CSM, puis décider de proposer des formations Scrum.

Rien ne prouve, à travers cette seule certification, qu’il sait construire une progression pédagogique, faciliter un groupe, identifier les difficultés d’apprentissage ou adapter sa manière d’enseigner.

Il peut être excellent. Mais comment le vérifier ?

Les deux grands organismes de certification Scrum ont créé des qualifications spécifiques pour leurs formateurs.

Chez Scrum Alliance, il s’agit du Certified Scrum Trainer® (CST®).

Chez Scrum.org, du Professional Scrum Trainer™ (PST).

Ces qualifications ne sont pas de simples niveaux supplémentaires de certification Scrum Master. Elles reposent sur des processus de sélection intégrant l’expérience professionnelle et les capacités pédagogiques.

On ne vérifie plus seulement ce que connaît le professionnel, mais également sa capacité à transmettre et à faire apprendre.

Devenir CST : il ne suffit pas de connaître Scrum

Je suis Certified Scrum Trainer chez Scrum Alliance. Je connais donc l’exigence que représente cette qualification.

Pour candidater, il faut notamment justifier d’une expérience solide dans différents contextes, avoir déjà animé des formations, produire ses propres supports pédagogiques et obtenir des recommandations.

Le dossier est ensuite examiné.

Mais l’une des particularités du processus est l’évaluation des compétences pédagogiques, appelée Training Skills Assessment.

Le candidat anime une séquence de formation devant un jury. Les évaluateurs observent sa maîtrise du sujet, bien entendu, mais aussi sa manière de transmettre, d’impliquer les participants, de traiter les questions et de conduire le groupe vers l’objectif pédagogique.

Il doit également être capable d’analyser sa propre intervention.

Ce dernier point me semble particulièrement important.

Bien sûr, aucune qualification ne garantit qu’un formateur sera excellent dans toutes les situations. Mais il existe une différence entre se déclarer formateur et avoir fait évaluer ses compétences pédagogiques par ses pairs.

Un formateur doit lui-même être capable d’apprendre de sa pratique.

CSM et PSM I : deux parcours qui n’offrent pas les mêmes garanties

Pour obtenir le Certified ScrumMaster® (CSM®) de Scrum Alliance, il faut obligatoirement suivre une formation animée par un CST avant de passer l’examen.

C’est une condition d’accès à la certification.

Pour obtenir le Professional Scrum Master I (PSM I) de Scrum.org, aucune formation préalable n’est obligatoire.

Il est donc possible de réussir l’examen sans jamais avoir participé à une formation animée par un PST.

Attention, cela ne signifie pas que les PST sont de mauvais formateurs. Scrum.org dispose lui aussi d’un processus de sélection de ses formateurs officiels.

Cela signifie simplement qu’une préparation au PSM I ne garantit pas l’intervention d’un PST, et que l’obtention du PSM I ne démontre pas qu’une formation a été suivie.

Avant de vous inscrire à une préparation au PSM I, demandez donc qui animera réellement la session et quelle qualification de formateur possède cette personne.

Cela peut éviter bien des confusions.

Un examen officiel ne rend pas officielle la formation qui l’a précédé.

Une formation Scrum Master, ce n’est pas une conférence

Imaginez maintenant deux formations.

Dans la première, le formateur explique Scrum pendant deux jours. Il présente les responsabilités du Scrum Master, les événements, les artefacts et les règles du framework. Les participants écoutent, prennent des notes et répondent à quelques questions.

Dans la seconde, les participants sont debout, autour d’une table ou d’un tableau.

Ils construisent quelque chose ensemble. Ils prennent des décisions. Ils découvrent des contraintes, se trompent, négocient, recommencent.

Un désaccord apparaît. Une équipe n’arrive plus à avancer. Un participant prend naturellement le leadership. Un autre reste en retrait. Une règle semble fonctionner, puis révèle ses limites.

Le formateur observe. Il intervient parfois, questionne, propose une nouvelle expérience et aide le groupe à comprendre ce qui vient de se produire.

C’est dans ces moments que Scrum cesse d’être une collection de définitions.

Et l’atelier ne se termine pas lorsque l’activité est finie. Ce qui compte, c’est aussi le débriefing : pourquoi avons-nous agi ainsi ? Qu’avons-nous supposé ? Qu’est-ce qui nous a empêchés de voir une autre possibilité ? Que pourrions-nous essayer différemment ?

L’apprentissage se construit dans ces allers-retours entre expérience, observation et réflexion.

Cette approche demande au formateur bien davantage que de connaître son sujet.

Il doit savoir créer des situations d’apprentissage, observer les interactions, repérer ce qui mérite d’être approfondi et aider le groupe à faire émerger ses propres découvertes.

Chez AgilBee, nous accordons une place centrale à cette pédagogie active.

On n’apprend plus seulement ce qu’est la collaboration. On la vit.

Fail fast. Learn fast.

Il y a une contradiction que je trouve intéressante dans le monde de la formation agile.

Nous encourageons les équipes à expérimenter, à inspecter leurs résultats, à s’adapter et à apprendre de leurs erreurs.

Mais lorsqu’il s’agit d’évaluer les personnes, nous continuons parfois à raisonner essentiellement en termes de réussite et d’échec.

Quel sens cela a-t-il ?

Un participant ne comprend pas immédiatement un concept. Il prend une mauvaise décision pendant un atelier. Il échoue à une question.

Et alors ?

C’est justement une occasion de travailler.

Pourquoi s’est-il trompé ? Que n’avait-il pas compris ? Quelle hypothèse l’a conduit à cette décision ? Que faudrait-il expérimenter pour progresser ?

L’erreur n’est pas un objectif. Elle devient utile lorsque nous prenons le temps de comprendre ce qu’elle révèle.

Ce principe devrait aussi concerner le formateur. Si plusieurs participants rencontrent la même difficulté, il doit être capable de questionner sa manière d’enseigner.

Former, ce n’est pas sanctionner les personnes qui ne comprennent pas assez vite.

C’est créer les conditions dans lesquelles elles peuvent apprendre.

Et cette posture est directement liée au leadership que nous souhaitons développer chez les Scrum Masters.

Fail fast. Learn fast.

À l’ère de l’IA, que vaut encore un examen ?

Avec l’intelligence artificielle, la question devient encore plus intéressante.

Aujourd’hui, il est possible de soumettre un questionnaire à une IA et d’obtenir rapidement des réponses souvent pertinentes.

Les règles de certains examens interdisent évidemment cette utilisation. Mais cela ne change pas le problème pédagogique de fond.

Que démontre réellement une bonne réponse ?

Que la personne connaît la réponse ? Qu’elle l’a mémorisée ? Qu’elle l’a comprise ? Qu’elle saura l’utiliser lorsqu’une situation difficile se présentera ?

Ce sont des choses différentes.

Chez AgilBee, nous n’accordons pas une importance centrale à l’examen.

Il peut permettre d’identifier des connaissances à consolider. Mais nous ne le considérons pas comme une preuve suffisante de compétence professionnelle.

Un Scrum Master peut parfaitement réciter les responsabilités définies dans le Scrum Guide et se retrouver incapable d’intervenir lorsqu’un conflit éclate dans son équipe.

Inversement, un professionnel expérimenté peut hésiter devant une formulation ambiguë sans que cela remette en cause ses capacités d’accompagnement.

L’IA ne fait qu’accentuer une distinction qui existait déjà : produire la bonne réponse n’est pas nécessairement savoir agir.

C’est précisément pourquoi la valeur du formateur, des ateliers et du feedback devient si importante.

Produire la bonne réponse n’est pas nécessairement savoir agir.

Ce que vous devriez demander avant de choisir votre formation

Avant de vous inscrire, prenez quelques minutes pour poser ces questions :

  1. Qui animera réellement la formation ? Pas seulement le nom de l’organisme, mais celui de l’intervenant.
  2. Quelle qualification de formateur possède-t-il ? CST, PST ou autre qualification pédagogique ? Pouvez-vous la vérifier ?
  3. Quelle expérience professionnelle apporte-t-il ? A-t-il réellement accompagné des équipes et des organisations ?
  4. Comment allez-vous apprendre ? S’agit-il essentiellement d’écouter un exposé ou de participer à des ateliers, simulations et mises en situation ?
  5. Que se passera-t-il lorsque vous rencontrerez une difficulté ? Pourrez-vous essayer, recevoir du feedback, comprendre et recommencer ?

Ces questions me paraissent plus importantes que de savoir si un examen comporte 50 ou 80 questions. Elles concernent directement la qualité de l’expérience que vous allez vivre.

Pourquoi nous avons fait ce choix chez AgilBee

Depuis 2005, AgilBee accompagne des professionnels et des organisations dans leur apprentissage de l’agilité.

Nous avons toujours considéré que former ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances.

Nos formations reposent sur des ateliers, des expérimentations, des échanges et des mises en situation. Les participants travaillent ensemble, rencontrent des difficultés, découvrent d’autres possibilités et prennent du recul sur leurs pratiques.

Le rôle du formateur est de leur permettre de tirer parti de ces expériences.

En tant que Certified Scrum Trainer®, je défends cette exigence pédagogique. Mais je ne considère pas qu’une qualification suffise à elle seule : elle doit se retrouver dans la façon dont la formation est réellement conduite.

L’objectif n’est pas que chacun reparte avec toutes les réponses.

Il est que chacun reparte avec une meilleure capacité à comprendre les situations auxquelles il sera confronté, à poser les bonnes questions et à intervenir avec discernement.

Car une certification constate un résultat. Une formation doit provoquer un apprentissage.

— Dr Patrice Petit

Certified Scrum Trainer® · Fondateur d’AgilBee

Lire aussi : Scrum Alliance vs Scrum.org

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